Professeur A. TAZI,
service de pneumologie, Hôpital Saint-Louis
L’histiocytose pulmonaire primitive est une maladie rare dont on ne connaît pas la fréquence pour plusieurs raisons :
On dispose de très peu de données sur la fréquence mais c’est une
maladie dont on sait qu’elle survient quasi exclusivement, pour entre 90
et 100 % des cas dans les séries de patients étudiés, chez des fumeurs.
Cette forme d’atteinte primitive est très liée au tabac.
A l’examen des séries on constate que c’est une
maladie du sujet jeune. La maladie survient avec un pic de fréquence
entre 20 et 40 ans. La forme primitive de la maladie peut survenir plus
tard chez la femme, jusqu’à 50 ans.
Il y a quelque temps, on pensait de ce côté de l’Atlantique que c’était
une maladie de l’homme principalement et de l’autre, aux USA, on
constatait que les femmes étaient aussi sujettes que les hommes à faire
une histiocytose pulmonaire primitive, voire même avec une certaine
prédominance.
L’explication avancée est que les hommes faisaient le service militaire
et que les médecins militaires voyaient une proportion importante d’
hommes jeunes et… qui fumaient.
Aux USA, les femmes ont fumé plus tôt qu’en Europe et on a donc commencé
à voir des cas chez les femmes américaines avant les femmes européennes.
On n’a pas toutes les réponses à cette question.
Beaucoup de gens fument et une toute petite minorité déclare une
histiocytose. Alors pourquoi ?
Il y a manifestement un terrain favorisant mais le
tabac joue probablement un rôle déclenchant.
La maladie se déclare chez des personnes qui peuvent ne pas fumer depuis
longtemps mais qui fument beaucoup.
Un certain nombre de travaux ont été menés.
On constate que le tabac entraîne des anomalies au niveau des bronches
et des bronchioles.
Or, dans la maladie, les lésions présentes sont la destruction des
bronchioles.
On observe des nodules, c’est-à-dire des masses constituées par des
cellules langerhansiennes (= cellules qui participent à la défense
immunitaire) qui au début de la maladie se trouvent au niveau des voies
aériennes distales, donc des bronchioles. Les nodules ont la
particularité de détruire les bronchioles, de faire des trous dans les
poumons.
A la radio, la maladie apparaît donc sous la forme de petites boules
(les nodules) et de trous dans les poumons.
Il est évident que le poumon avec beaucoup de trous ne fonctionne plus.
Une manifestation un peu particulière dans la maladie attire
l’attention : le pneumothorax.
Un pneumothorax peut survenir, en fait dans la majorité des cas, chez
une personne qui ne présente pas d’histiocytose, généralement des sujets
jeunes fumeurs et parfois dans d’autres maladies comme l’emphysème par
exemple.
Souvent cependant le pneumothorax arrive chez des fumeurs.
Il consiste dans l’entrée d'air dans la plèvre (= la
membrane qui entoure le poumon). La plèvre se décolle et le poumon "se
ratatine".
Cela fait mal. Cela essouffle.
La plèvre peut revenir en place seule ou bien, avec des techniques
chirurgicales assez simples, la plèvre est recollée.
Le pneumothorax intervient dans 10 à 20 % des cas chez les personnes
atteintes d’histiocytose pulmonaire.
Indépendamment du problème immédiat de la douleur qu’il cause et de
l’essoufflement qui en résulte, si le pneumothorax se produit à
répétition, cela pose des problèmes particuliers.
Donc quand une personne de 25 ou 30 ans, qui est fumeur, fait un pneumothorax, s’il y a une maladie pulmonaire sous-jacente on aura l’esprit attiré par la possibilité d’une histiocytose.
Pour une équipe bien entraînée, en écartant un certain nombre de signes (les patients n’ont pas d’infection, pas de VIH positif, pas de fièvre, se portent pas trop mal), sur le scanner seul, on peut alors porter le diagnostic avec une très forte probabilité.
Pour explorer le poumon, on dispose de l’examen appelé fibroscopie. On
descend un tuyau muni d’une fibre optique dans les bronches, ce qui fait
un peu tousser mais n’est pas très douloureux. Dans la majorité des cas,
cet examen est pratiqué sous anesthésie locale. On va ainsi voir ce
qu’il y a dans les bronches.
En général, on ne voit qu’une inflammation parce que les gens fument.
On peut aussi procéder à un prélèvement lors de la fibroscopie, mais ce
prélèvement de la muqueuse des bronches n’apporte rien pour le
diagnostic de l’histiocytose lui-même. Il permet d’éliminer les autres
causes dans la recherche du diagnostic.
Pendant les années 80, le lavage alvéolaire constituait un espoir pour
le diagnostic. Celui-ci représente grossièrement pour le pneumologue, la
numération sanguine du poumon.
On injecte du liquide qui va séjourner très peu de temps dans les
alvéoles, les parties respiratoires les plus distales du poumon, on
recueille ensuite ce liquide et on l’analyse.
On croyait alors que par ce lavage on allait pouvoir recueillir les
cellules de langerhans et dire que si elles se trouvent en grand nombre,
il s’agit d’une histiocytose. C’était un espoir pour le test
diagnostique qui évitait d’aller plus loin et de pratiquer une opération
qui consistait à prélever un fragment de poumon pour l’analyser et faire
le diagnostic.
Contrairement à la peau, aux ganglions, au foie que l’on peut assez
facilement biopsier (à travers la paroi donc sans grosse opération), le
poumon n’est pas un organe facile d’accès, les bronchioles distales qui
sont atteintes dans la maladie se trouvant tout au fond.
Actuellement, avec le recul, on est beaucoup moins sûr du lavage
alvéolaire car on sait que l’accumulation de cellules de Langerhans est
essentiellement le reflet du tabac. On peut en effet trouver un
pourcentage non négligeable de cellules de Langerhans dans les poumons
de personnes qui fument mais qui n’ont pas d’histiocytose. En reprenant
pour une étude un nombre important de sujets qui ont eu un lavage
alvéolaire pour une histiocytose ou autre, on s’est aperçu que dans le
groupe de personnes adultes atteintes d’histiocytose, la majorité
n’avait pas des taux élevés de cellules de Langerhans.
Cela s’explique assez bien par le fait que l’histiocytose touche les
bronches distales, c’est-à-dire les "tuyaux" et pas l’alvéole qui, elle,
est la partie la plus profonde du poumon.
Parfois, on peut faire une intervention un peu plus poussée et pratiquer
une biopsie transbronchique, c’est-à-dire aller le plus loin possible,
traverser les bronches et prélever un petit fragment de poumon.
Cette intervention n’est pas anodine car si on fait une biopsie dans un
trou - présent dans l’histiocytose-, il y a risque de pneumothorax.
Peu d’équipe en France font des biopsies transbronchiques pour la
recherche du diagnostic de l’histiocytose. Cela est plus fréquent aux
USA.
Dans tous les cas, il faut procéder à la mesure de la fonction respiratoire qui permet de mesurer le retentissement objectif de la maladie au niveau du poumon. Cela permet parfois aussi d’orienter le diagnostic vers l’histiocytose.
La biopsie pulmonaire chirurgicale est le seul moyen de faire un
diagnostic avec certitude.
Elle se pratique sous anesthésie générale.
Maintenant, grâce à la thoratoscopie la technique opératoire a été
allégée. On ne fait plus de grandes ouvertures au patient, mais trois
petits trous par lesquels on introduit une fibre optique et des
instruments qui permettent de procéder au prélèvement.
Cette biopsie doit être faite à bon escient et correctement :
Une biopsie pulmonaire sera donc pratiquée s’il y a
un doute sur la possibilité d’une autre maladie. Et s’il ne s’agit pas
d’une histiocytose, un traitement pourra alors être proposé.
S’il s’agit finalement d’une histiocytose, il faut pouvoir être amené à
discuter d’un certain nombre de propositions thérapeutiques.
Il est à noter que pour d’autres maladies, on peut parler de traitement ; pour l’histiocytose on parle de “propositions thérapeutiques”.
1) Pourquoi alors que beaucoup de gens fument, je
fais, moi, une histiocytose ?
2) Que vais-je devenir ? quelle est l’évolution ?
3) Que me proposez-vous comme traitement ?
Il n’est pas facile au médecin de répondre à ces questions.
Hypothèse : Le tabac entraînant des lésions des bronchioles, si la personne présente un terrain favorisant où les cellules de Langerhans sont au départ peut-être un peu "anormales" ou facilement excitables, et ceci est une hypothèse sur laquelle nous travaillons, on peut imaginer que le tabac est un facteur déclenchant de stimulation qui fait qu’ensuite les choses vont s’organiser vers la maladie : présence de granulomes, c’est-à-dire de masses compactes de cellules de Langerhans dans les bronchioles et destruction de celles-ci.
Pour répondre le plus précisément possible à cette question, on ne peut
que souhaiter que des avancées soient faites au niveau de la recherche
clinique, de la constitution de réseaux de médecins et de registre de
patients.
Les données pour avancer un certain nombre de réponses sont
rétrospectives, elles analysent le passé.
Pour un seul individu la réponse n’est pas très facile à donner.
Sur la radio (pas sur le scanner), on voit en effet
très bien les taches blanches mais on ne voit pas facilement les trous.
Si les taches blanches disparaissent à la radio, on peut penser qu’il y
a amélioration alors qu’elles seront en fait remplacées par des trous,
invisibles à la radio.
Le suivi du patient sera donc effectué par l’étude du souffle.
Les patients stables peuvent le rester parfois très longtemps, sans
toutefois pouvoir exclure dans un certain nombre de cas, une petite
poussée un moment plus tard.
Un certain nombre de facteur pronostiques ont été individualisés dans une étude rétrospective :
Un des leitmotiv dans la conversation avec le patient sera à propos
de l’arrêt du tabac.
Pourquoi arrêter de fumer ?
- Parce qu’un certain nombre de malades vont avoir une régression
spontanée de leur maladie à l’arrêt de tabac, surtout si elle est
récente.
- Il faut savoir que si on continue de fumer, on surajoute les méfaits
du tabac sur un poumon déjà malade. Les méfaits du tabac, c’est-à-dire :
Ce chapitre est le plus embarrassant pour le médecin. Il n’a pas grand-chose de spécifique à proposer.
L’arrêt du tabac ne peut pas être réellement considéré comme un traitement, bien que simple et qui peut être gagnant.
La cortisone a été proposée car elle diminue l’inflammation donc les
conséquences pour le poumon. Cela marche sur les signes généraux de la
maladie comme la fièvre, les sueurs, la fatigue. Il n’y a pas de preuve
formelle qui montre que cela marche sur la fonction respiratoire, donc
sur le souffle.
Comme il s’agit d’une maladie rare, on ne dispose pas d’essais cliniques
par lesquels on peut comparer un groupe de patients auxquels on donne de
la cortisone à un autre à qui on ne donne rien.
Une des choses les plus importantes pour les années à
venir sera l’établissement d’un protocole d’essai thérapeutique, en
essayant d’individualiser les formes avec les conséquences respiratoires
et d’étudier les bénéfices du traitement d’essai.
Il ne paraît cependant pas raisonnable actuellement de traiter des
personnes qui ont une anomalie au scanner mais qui ne se plaignent de
rien.
Il faut être très vigilant quand on intervient sur le pneumothorax
d’un patient atteint d’histiocytose.
Il ne faut pas enlever la plèvre, car on ne pourra ensuite plus décoller
s’interdisant la possibilité de l’indication thérapeutique pour les
formes très évoluées : la greffe pulmonaire.
Les chirurgiens commencent à connaître cela. Il ne faut pas enlever la
plèvre à un patient présentant une histiocytose avec pneumothorax.
Le succès des greffes pulmonaires pour l’histiocytose est similaire
à celui des autres indications de greffe pulmonaire pour d’autres
maladies.
La greffe pulmonaire reste une intervention lourde qui n’a rien de
comparable avec les greffes des autres organes comme le rein par
exemple.
Les indications de greffe pulmonaire pour l’histiocytose sont assez
limitées.
Des personnes jeunes qui font des pneumothorax à répétition et qui
évoluent vers une insuffisance respiratoire seront greffées. De même que
les personnes présentant une forte pression artérielle pulmonaire.
Pour un large panorama où l’on sait un certain nombre de choses, beaucoup de déception s’affiche sur la partie traitement de l’histiocytose langerhansienne pulmonaire.
Le message à faire passer pour l’avenir pour que des avancées soient réalisées :
En France, dans le cadre de la recherche clinique qu’il mène, le
Groupe d’Etude des Histiocytoses -GEH-,
construit un registre des patients adultes et enfants et coordonne un
réseau de médecins et de centres hospitaliers volontaires pour
participer à cette recherche dans l’intérêt des patients.
Pour le cas précis de l’histiocytose pulmonaire, un lien doit exister
entre les médecins pour adultes et les pneumologues afin qu’un protocole
thérapeutique, un essai de traitement qui sera national, voire
international compte tenu de la rareté de la maladie soit proposé aux
malades.
Le GEH a signé une convention avec la Banque de Tissus pour la Recherche -BTR-AFM/GENETHON pour que ce service spécialisé assure le stockage des tissus collectés dans le cadre d’un don de tissus pour la recherche (Voir page Dons de tissus).
BP 60740 - 77017 Melun Cedex
Tél. Fax : 01 60 66 93 77
Association loi 1901, J.O. du 8 mai 1999
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